Extension du domaine de la montagne responsable

Published on by Thibault Liebenguth .


“C’est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas.”

Victor Hugo

Chamonix, 7 septembre 2019, 8 heures.

Si le matin est blême, le ciel bas et l’air plutôt frais pour la saison -comme si le climat nous rappelait que finalement, il fait encore bien ce qu’il veut- les mines des 150 participant.es à la 12e édition de l’Opération Montagne Responsable, co-organisée par Lafuma, Chamonix, Mountain Riders, le CAF, la Compagnie du Mont Blanc et l’UCPA, respirent la joie et l’enthousiasme. On note même la présence de quelques courageux enfants.

On y croise aussi des visages connus, comme celui de Philippe Dilloard, arpenteur inlassable de la Mer de Glace depuis plus de 20 ans avec une poignée de bénévoles du CAF pour y traquer le moindre déchet. Toujours très en verve, il nous donne des raisons d’espérer : les années d’éducation à la montagne commencent à porter leurs fruits. Partir léger, redescendre ses déchets, ne rien y laisser comme répètent les guides à l’envi, tout cela a été assimilé par une grande partie des pratiquants. Les refuges répondent aussi à des normes strictes en matière de gestion des déchets. « Il y a donc de moins en moins de déchets ménagers. Mais il reste encore pas mal de déchets industriels à évacuer, notamment des câbles issus de vieilles installations. »

Guillaume Dupouy, accompagnateur en moyenne montagne et responsable des campagnes de ramassage de l’association Mountain Riders, confirme l’heureux constat de Philippe Dilloard : « Il y eu une prise de conscience. Sur la globalité de nos campagnes de ramassage (une soixantaine sur tout l’Arc alpin et 39 tonnes de déchets collectés en 2018, ndlr), la quantité de déchets ramassés diminue alors que les volontaires pour les ramassages sont toujours plus nombreux, c’est bon signe. » C’est pourquoi, l’Operation Montagne Responsable, même si elle continue de collecter les déchets (3 tonnes cette année), se focalise désormais de façon plus précise sur de la sensibilisation au vivant : « On respecte ce que l’on aime et ce que l’on connaît » explique Guillaume.

Il reste néanmoins des progrès à réaliser (hormis le fait de dire que 3 tonnes, c’est encore énorme) : les zones de fortes concentrations touristiques continuent de générer des déchets. On remarque aussi que les entreprises laissent énormément de déchets après des chantiers. « Après avoir éduqué les particuliers, il s’agira d’éduquer les entreprises » conclut Guillaume. N’est-ce pas une invitation à envisager le tourisme différemment et à penser en amont à l’utilité d’un chantier en montagne ?

Quoiqu’il en soit, lors des différentes marches et “trash tags” de l’OMR 2019, nous retiendrons que les déchets industriels sont encore très nombreux, que certains randonneurs ont l’étrange habitude de cacher leurs déchets dans des lieux difficilement accessibles (par mauvaise conscience infantile?), que nous avons reçu de nombreux encouragements du public et des promeneurs au village des initiatives, situé au coeur de Chamonix, et que les concerts en montagne et la bonne compagnie adoucissent toujours les mœurs !

#leavenothingbutgoodvibes

 

Samuel Dixneuf (journaliste et coopérateur AIR coop)