Stations de ski et tourisme en montagne : vers de nouveaux modèles ?

Published on by Thibault Liebenguth .


AIR coop était présente aux Assises nationales des stations de ski et du tourisme de montagne qui se sont déroulées du 25 au 26 avril 2019 dans le cadre du salon Alpipro/Digital montagne.

Avant de passer au vif du sujet, nous tenions à souligner que côté visiteur, l’organisation et l’animation était parfaite. C’est toujours bien de le dire quand les choses sont bien faites !

Passons maintenant sur le fond. Lorsque l’on va sur des rencontres professionnelles de ce type, c’est un peu comme une boite de chocolats, on ne sait pas vraiment sur quoi on va tomber. Il faut avouer qu’au fur et à mesure des échanges, tables rondes et interventions, les chocolats avaient plutôt bons goûts, même si certains avaient surtout un bel emballage !

Les deux journées étaient tournées vers les enjeux et les modèles de demain pour les stations de ski et le tourisme de montagne. Sans rentrer dans une description des échanges, voici les grands points qui ont retenus positivement notre attention :

– Il y a un consensus assez fort sur la nécessité du « travailler ensemble ». Cela s’exprime sur une même station, où un travail de coopération devient la norme entre l’Office de Tourisme et le gestionnaire des remontées mécaniques. Cela s’exprime entre les grandes et petites stations, où la nécessité de créer les skieurs de demain passe par la proximité avec les centres urbains (exemple de la convention signée entre Col de Porte et les 2 Alpes)

– Des modèles économiques différents existent pour la commercialisation des skipass, permettant de générer une grande partie du CA annuel avant même le début de la saison (exemple du Magic Pass)

– Des marques de l’outdoor sont prêtes à s’investir pour assurer le renouvellement des clientèles (exemple du Burton Riglet Snowboarding)

– Des territoires réussissent à transformer leur ancien modèle basé sur le tout ski en devenant une destination à l’année, non météo dépendante (La Sambuy, projet 4 saisons de Peyragudes )

– L’hébergement en montagne peut être pensé pour les jeunes et de nouvelles clientèles qui ne se retrouvaient jusque alors pas dans l’offre classique (Skylodge N’Py de Piau Engaly)

– Il y a un travail à faire autour de l’imaginaire lié à la montagne, ainsi qu’un décorum autour des activités à penser. La montagne n’est plus seulement à la montagne, mais doit être présente également en ville. La montagne doit s’affranchir des saisons comme les nouvelles générations le font, ainsi que quelques marques outdoor. Il y a un lifestyle montagne à créer (Etude PopRock pour UCPA et Savoie Mont-Blanc)

– La différenciation par un positionnement propre à la station (exemple d’Avoriaz 1800)

– La lecture et l’anticipation des signaux faibles qui petit à petit amènent de nouvelles pratiques et de nouvelles manières de vivre la montagne (exemple du boom du ski de randonnée et le Community Touring Club)

– Les stations pourraient avoir d’autres objets sociaux dans leurs statuts et pas qu’être uniquement un lieu de loisirs. Les infrastructures en place peuvent permettre la production d’électricité, via des panneaux solaires flexibles sur les gares des remontées mécaniques, la mise en place d’éoliennes, l’utilisation des retenues collinaires et des installations des enneigeurs pour turbiner l’eau, voire stocker l’énergie via ces retenues (comme à Serre Chevalier).

Voici les points sur lesquels nous restons vigilants :

– Malgré la nécessité de repenser le modèle, la montagne hors neige reste encore peu prise en compte, en tant qu’image, investissement, projet, etc..

– Le principal poste émetteur de CO2 lors d’un séjour à la montagne, le transport en voiture et/ou avion, n’est que très peu travaillé par les stations, avec une dilution des responsabilités sur les clientèles et autres opérateurs.

– Les budgets sont mis en place pour attirer les clientèles lointaines, alors qu’il y a un travail à mener sur les clientèles de proximité où le ski ne fait plus partie du mode de vie.

– Aucun changement d’approche dans les indicateurs n’est pensé, faisant uniquement la part belle aux journées skieurs, chiffre d’affaire, progression, sans se soucier de savoir si la richesse créée profite aux territoires ou non.

– Malgré les discours, l’attraction des marchés lointains générateurs d’émissions en CO2 reste un graal pour beaucoup de stations.

– Les stations font des choses pour s’améliorer dans la gestion des ressources et la manière de travailler, mais ces actions restent confidentielles, alors qu’elles pourraient inspirer et inciter d’autres à s’en emparer et les améliorer.

– Les projets d’ascenseurs valléens sont dans les cartons de beaucoup de stations, mais un travail plus global sur la mobilité et les services est nécessaire.

Ce que l’on en pense :

Il faut l’avouer la plupart des échanges et retours d’expériences étaient connus, mais nous retenons la volonté de certains d’avancer, d’oser et d’enclencher un changement. C’est bien ce changement qui est au cœur des enjeux actuels et qui doit mobiliser les professionnels, les élus et tout l’écosystème de la montagne.

Il y a 60 ans, le plan neige a développé les stations de ski pour vendre du ski. Aujourd’hui, les stations de ski doivent laisser la place à des stations de montagne et plus largement à des destinations de montagne dont le ski est naturellement une composante.

Les stations de ski ont été et sont un formidable outil permettant à des massifs et vallées entières de pouvoir vivre. Mais ces stations de ski doivent muter, doivent se réinventer, ensemble, pour continuer à exister dans 50 ans comme destination de montagne. Ces stations ont et ont toujours eu des leaders, en matière d’image, d’attractivité, de positionnement, d’offre, de CA etc… Mais aujourd’hui, la montagne a besoin de stations et territoires inspirants en matière d’évolution de modèle. On parle et on travaille sur LE modèle de la station de ski, mais ce mono modèle est surement en train de vivre ses dernières heures, pour tendre vers des modèles différents en fonction des lieux, des acteurs, des opportunités et des visions. Ce changement ne peut uniquement passer par des modifications pur et simple des activités et des offres proposées. Cela passera par une évolution des indicateurs, de l’imaginaire, des visions, de la manière de travailler ensemble pour réussir à bâtir l’outil de demain qui permettra à la montagne de vivre et d’être inspirante pour les autres territoires.

 

Romain Le Pemp
Consultant en stratégie Outdoor & Tourisme